Avatar

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Aboutissement d’un projet fou de James Cameron, imaginé il y a 14 ans de cela, Avatar est sûrement le plus gros risque artistique, technique et budgétaire que le réalisateur ait pu prendre dans sa carrière. Dès sa sortie fin 2009, le phénomène de buzz savamment orchestré depuis quelques mois déjà fonctionne à merveille, les spectateurs retournant en masse dans les salles pour visionner le film plusieurs fois. L’investissement de 460 millions de dollars (145 millions dédiés au marketing) sur Avatar en valait visiblement la chandelle à la vue des résultats au Box-Office, le film ayant rapporté 2,7 milliards de dollars selon les derniers chiffres en date du 13 avril 2010. Mais la réelle question est, outre l’avènement de la 3D introduit par le film, Avatar est-il vraiment un film aussi révolutionnaire que cela ?

Question difficile que voilà, car autant les qualités de réalisateur de James Cameron ne sont plus à prouver, autant nous sommes en droit de nous demander comment le scénario d’Avatar à pu être traité de manière aussi maladroite… Nous ne sommes pas en train de dire qu’Avatar est un mauvais film, non, mais simplement qu’en 14 ans de gestation, ce film se montre comme un opposé au style « habituel » de Cameron tel que les cultissimes The Abyss, Terminator, Terminator 2 ou Titanic, Avatar étant un film beaucoup plus contemplatif voir interactif que ses prédécesseurs tout en simplifiant au maximum son récit. Car s’il y a une chose qui surprend profondément dans cette grande fresque, c’est sans aucun doute le scénario qui enchaîne les clichés des plus classiques, alors qu’Avatar était justement un film qui se prêtait à un total opposé, mais peut-être en attendions-nous un peu trop ?


D'un autre côté, tout n’est pas inintéressant, la métaphore Cowboys/Indiens (entre autres) est assez justement présentée, notamment grâce à toute cette critique exacerbée d’une Amérique impérialiste et barbare, n’appuyant sa véritable puissance que sur des technologies destructrices, les besoins continuels de ressources de l’être humain le poussant à anéantir tout ce qu’il trouve sur son passage, peu importe le prix.  Alors que le message écologique lui, de prime abord bien pensé notamment en ce qui concerne le profond respect des Na’vis envers la nature et créatures de Pandora, devient à la longue quelque peu rébarbatif… Ne lui enlevons tout de même pas le fond de son message qui est bien plus pessimiste pour l’être humain que sur ses précédents films, ou celui-ci se contentait encore de tirer la sonnette d’alarme concernant l'avenir de l'humanité. Avatar est donc un film classique bénéficiant de qualités évidentes, mais pas exemptes de défauts non plus. Mais là où le film semble puiser sa véritable force de narration, c’est d’arriver à faire vivre son récit au spectateur au travers des images de Pandora et de la 3D.



Car il vrai que Cameron a réussi son pari insensé d’aboutir à la création de tout un univers autour de la franchise, les environnements de Pandora sont aussi démesurés que majestueux, la faune et la flore locale sont d’une beauté sidérante, et la tribu d’autochtone Na’vi, peuple de Pandora ayant foi dans les forces que renferme la nature, rendent une dévotion des plus totales à celle-ci. Ce concept de religion est d’ailleurs assimilable au titre du film lui-même, le mot « Avatar » provenant de la religion hindouiste, un Avatar étant l’incarnation d’une divinité répondant à un besoin de l’humanité, son rôle principal étant de rétablir le Dharma ou la loi naturelle, dans le cas du film : rétablir l’équilibre naturel de Pandora. Car s’il est vrai comme nous le disions précédemment, que la fable écologique que nous sert James Cameron en devient lassante, sa transposition à l’écran est sûrement l’une des plus belles qu’il nous ait été donné de voir, les dialogues laissant place ici à des moments de pures contemplations tout simplement magiques. Les différents protagonistes du film y sont également pour beaucoup, notamment en ce qui concerne le duo principal Sam Worthington/ Zöe Saldana, dont l’idylle n’est pas sans rappeler Titanic, Pocahontas (et oui...) ou le Nouveau Monde de Terrence Malick. On regrettera simplement que les excellents Giovanni Ribisi et Stephen Lang ne soient cantonnés qu’à des rôles « clichés »…



Avatar n’est ni un bon ni un mauvais film, il reflète simplement l’interprétation que chacun de nous peut en faire que l’on apprécie ou pas, une chose est claire cependant, personne ne peut rester insensible aux charmes de Pandora. James Cameron est un grand réalisateur ceci n’est plus à prouver, et Avatar s’impose comme son ultime création qui en seulement quelques semaines a révolutionné d’une certaine manière le monde du cinéma et par extension celui de l'arrivée de la 3D dans les foyers, et en soi c’est déjà beaucoup.
Publié le 25 avril 2010
       
Pierre Dubarry
Journaliste spécialisé