Mystic River

Mystic River
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Ceci est l'histoire de trois amis qui ont grandi dans le Boston ouvrier, et qui se sont perdus de vue après une terrible tragédie. Bien des années plus tard, un évènement brutal les réunit à nouveau. La fille de 19 ans de Jimmy est froidement assassinée. Dave est suspecté. Sean devenu policier, lutte pour résoudre l'enquête avant que Jimmy, l'imprévisible, se fasse justice lui-même.

Mystic River adapté du roman éponyme de Dennis Lehane, est sûrement l’un des meilleurs films (sinon le meilleur) qu’a pu réaliser Clint Eastwood jusqu’à maintenant, mais c’est surtout un véritable chef-d'œuvre n’ayons pas peur des mots. Eastwood signe avec ce film une véritable tragédie à l’américaine comme lui-même aime à le dire, celle-ci se déroule à Boston, dont le symbole de la Mystic River n’est ici qu’un subterfuge pour y cacher toute la violence dont cette ville peut être capable, tout en étant de manière paradoxale accueillante de par d’autres côtés…le cœur de l’intrigue du film se trouve en elle. La réussite de ce film revient évidemment à Clint Eastwood qui sait parfaitement ancrer ses œuvres dans la réalité ou capter l’essence même d’une émotion, mais sans le trio principal d’acteurs, notre vision du film aurait pu en être moins marquante.



Que ce soit avec le très grand Sean Penn campant le rôle d’un père déchiré par la mort de sa fille Katie, de l’excellent Kevin Bacon (Sean Devine) en inspecteur de la police criminelle dont la vie ne se résume qu’à un enchaînement d'enquêtes, ou celui de Tim Robbins (Dave) jouant le rôle d’un homme profondément torturé par un évènement d’enfance l’ayant conduit à être enfermé puis violé pendant 4 jours. Chaque portrait dressé ici n’est que fatalité, un sentiment continuellement ressenti par le spectateur tout au long du film, et qui a aussi guidé profondément marqué ces 3 amis d’enfance durant ces 25 ans…

Ce malaise ressenti tout au long du film, est renforcé grâce à l’atmosphère si particulière que montre le climat automnal de la Nouvelle-Angleterre, tout ici semble s’éteindre à petit feu, ce sentiment est notamment palpable grâce à la photographie de Tom Stern dont une part de réussite lui revient. Cette atmosphère, nous la retrouvons également dans les rapports humains du film, les règles de la rue prédominent sur tout le reste, tout ici se partage sous forme communautaire aussi bien le bonheur, que les tragédies qui en deviennent donc collectives. Le paysage n’est pas forcément celui que l’on voit dans d’autres films américains, Clint Eastwood veut coincer le spectateur dans ces quartiers pauvres de Boston, un visage de l’Amérique moins ambitieux et triomphant, mais qui pourtant se rapproche plus du vrai visage d’un pays profondément plus marqué de l'image qu'elle laisse transparaître d'elle-même.



Clint Eastwood réalise avec Mystic River un vrai chef-d’œuvre, une fresque tragédique suscitant une émotion profonde voir viscérale chez le spectateur, car en plus de nous servir un très grand film, il nous offre également les performances inoubliables d’un Sean Penn, Kevin Bacon et Tim Robbins transcendés par leurs personnages. Un film ou Eastwood s’offre à cœur ouvert, avec une pudeur que l’on retrouvera même dans les cadrages, grâce à une certaine prise de distance vis-à-vis de ses acteurs, un film ou Eastwood montre le visage d’une Amérique qu'il considère mourante.
Publié le 20 avril 2010
       
Pierre Dubarry
Journaliste spécialisé