8 Mile

8 Mile
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A Detroit, en 1995, Jimmy Smith Jr. a des rêves plein la tête, mais il lui manque encore les mots pour les exprimer. Sa vie d'adolescent se déroule entre banlieue blanche et quartiers noirs, le long de cette ligne de démarcation que l'on nomme 8 Mile Road. En dépit de tous ses efforts, Jimmy n'a jamais franchi cette barrière symbolique et continue d'accumuler les déboires familiaux, professionnels et sentimentaux.

Comment définir 8 Mile?

8 Mile, c'est tout d'abord la rencontre innattendue de deux grands artistes n'ayant plus grand chose à prouver à l'époque. Curtis Hanson, 5 ans après la géniale adaptation de L.A. Confidential, de James Ellroy bénéficie d'une belle réputation. Eminem (Marshall Bruce Mathers III pour les intimes) est une des figures de proue du mouvement hip-hop autant adulé que décrié et sort en parallèle son quatrième album The Eminem Show.

Cependant, 8 Mile, c'est également l'exemple type du projet casse gueule notamment à cause de sa tête d'affiche Eminem, acteur débutant, personnage controversé et amené à interpréter un rôle qui n'est ni le sien, ni un vrai rôle de composition. Malgré tout, s'il est un point où 8 Mile surprend agréablement, c'est dans la sincérité et la grande qualité de ses comédiens, Eminem en tête. Celui-ci parvient sans mal à tenir tête à Kim Basinger, Mekhi Phifer ou Brittany Murphy, comédiens de formation. On regrettera, en passant, que ce film soit, jusqu'à aujourd'hui, sa seule expérience cinématographique.

Du point de vue de l'histoire, 8 Mile est une petite tranche d'American Life, pas celle qui fait rêver, non, plutôt celle qui pousse à se défouler pour sortir d'un quotidien morne, à devoir ne compter que sur soi même pour s'en sortir et à se dire que, malheureusement, sans chance, talent et persévérance, pas d'Américan Dream en vue.

Mais cette tranche évoquant le destin de Jimmy B-Rabbit Smith entre deux battles hip-hop est bien fine. Si l'aspect psychologique des personnages et les relations familiales, amoureuses et professionnelles de Jimmy intéressent, elles sont, malheureusement, évoquées trop légèrement et diluées entre les flows rappés de l'alter ego d'Eminem. On se demande alors où veut aller le film qui, relativement court (1h50 quand même) ne parvient à aborder que superficiellement ses sujets.

Au final, on est face à un film artistiquement intéressant, qui n'ennuie jamais et se laisse suivre agréablement mais qui n'atteint pas tout le potentiel qui s'offrait à lui.

Publié le 19 avril 2009
       
Pierre Dubarry
Journaliste spécialisé